Poems

Dialecte des cyclones

          Chaque jour, j'emploie le dialecte des cyclones fous.
Je dis la folie des vents contraires.
          Chaque soir, j'utilise le patois des pluies furieuses.
Je dis la furie des eaux en débordement.
          Chaque nuit, je parle aux îles Caraïbes le langage des tempêtes hystériques. Je dis l'hystérie de la mer en rut.
          Dialecte des cyclones. Patois des pluies. Langage des tempêtes. Déroulement de la vie en spirale.
          Fondamentalement la vie est tension. Vers quelque chose. Vers quelqu'un. Vers soi-même. Vers le point de maturité où se dénouent l'ancien et le nouveau, la mort et la naissance. Et tout être se réalise en partie dans la recherche de son double, recherche qui se confond à la limite avec l'intensité d'un besoin, d'un désir et d'une quête infinie.
          Des chiens passent - j'ai toujours eu l'obsession des chiens errants - ils jappent après la silhouette de la femme que je poursuis. Après l'image de l'homme que je cherche. Après mon double. Après la rumeur des voix en fuite. Depuis tant d'années. On dirait trente siècles.
          La femme est partie, sans tambour ni trompette. Avec mon coeur désaccordé. L'homme ne m'a point tendu la main. Mon double est toujours en avance sur moi. Et les gorges déboulonnées des chiens nocturnes hurlent effroyablement avec un bruit d'accordéon brisé.
          C'est alors que je deviens orage de mots crevant l'hypocrisie des nuages et la fausseté du silence. Fleuves. Tempêtes. Éclairs. Montagnes. Arbres. Lumières. Pluies. Océans sauvages. Emportez-moi dans la moelle frénétique de vos articulations. Emportez-moi ! Il suffit d'un soupçon de clarté pour que je naisse viable. Pour que j'accepte la vie. La tension. L'inexorable loi de la maturation. L'osmose et la symbiose. Emportez-moi ! Il suffit d'un bruit de pas, d'un regard, d'une voix émue, pour que je vive heureux de l'espoir que le réveil est possible parmi les hommes. Emportez-moi ! Car il suffit d'un rien, pour que je dise la sève qui circule dans la moelle des articulations cosmiques.
          Dialecte des cyclones. Patois des pluies. Langages des tempêtes. Je dis le déroulement de la vie en spirale.

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Comments (2)

najkajoul

You have written the best translation of a Franketienne’s text.
Can you translate the following passage from Dezafi?
Nou pa sekle
Raje pouse
Nou pase kle
Frize vole.
 

loujanjak

Thanks.
First time I read a translation that is true to Franketienne’s writing.
When can I read more?

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