Poems

Loin de Bagdad

Bruit de bottes
Ismaël
a repris la place du bélier
Dieu a changé d'avis
et les larmes d'Abraham
n'y pourront rien
Les équarrisseurs sont arrivés! 

Perdus nous sommes
atterrés
tels ces dromedaires
en plein désert d'Irak
regardant passer
une caravane de blindés
Que l'eau
s'achète et se vende
passe
Seulement voilà
elle sert maintenant
à monnayer les consciences
 
Après les pilleurs de tombes
voici les pilleurs de musées
Admirez le progrès!
La statue a été décapitée
Ce n'etait qu'une masse
de bronze ou d'acier
Mais dans la tête des hommes
rien n'a changé
Le tyran est mort
vive le tyran!

La liberté s'arrache
avons-nous tous répété
comme des perroquets
Finie la rengaine
Sachez-le
la liberté s'octroie
 
«Si je ne te tue pas, je te fais une faveur», dit un vieil adage marocain. Il y a de ces traits de sagesse qui donnet froid dans le dos. «On ne prête qu'aux riches » dit l'adage français. Adapté en arabe populaire, il donnerait ceci: «Rajouter de la graisse dans le cul d'un mouton déjà engraissé.» As-tu bien jubilé, ô traducteur!

On ne parle que de la prohibition des armes de destruction massive. Et les armes de destruction partielle, qu'en fait-on? Au vu du sang humain répandu à profusion chaque jour, je m'étonne que l'une de ces multinationales n'ait pas eu l'idée d'en tirer une nouvelle source d'énergie.

Les charniers mis au jour
filmés
sous toutes les coutures
Étrange butin de guerre
 
Près d'un vehicule carbonisé
on piétine les cadavres
le sourire aux lèvres
Même dans la haine
on atteint le grotesque
 
Y-aurait'il des assassins plus nobles que d'autres?

Tant de poètes se sont arrêté ici
devant d'autres ruines
après d'austres ravages
Mais eux au moins
n'avaient qu'une idée en tête
improviser de nouveaux chants d'amour
 
Pour chaque femme
qui met
ou remet le voile
ce sont dix ans
de progrès
qui partent en fumée
 
Bassorah
Il ya trente ans
Le plus corsé des araks
coulait à flots
Les poètes rassemblés fraternisaient
riaient jusqu'aux étoiles
croulaient sous les visions
L'arak est trâitre!
Quelque part ici
la Sagesse
a eu sa maison
Aristote a été sauvé de l'oubli
Shéhérazade a conçu
la mère des récits
L'esprit a soufflé
à un perdre haleine
avant de succomber
suffoqué par la pollution
de la «mère des batailles»

Un peuple ne peut avoir raison de son oppresseur que s'il lui est supérieur, moralement

Un berceau de l'humanité
s'accorde-t-on à dire
Qu'on ne s'étonne pas dans ce cas
comme dans d'autres
que les prédateurs soient recrutés
au berceau
 
Mais on dirait
que l'opprimé n'a qu'une hâte
prendre la place de l'oppresseur
et sévir à son tour
contre le premier venu
ou sinon
contre lui-même
 
Malgré sa haute perspicacité, le grand Ibn Khaldoun n'a pas saisi ce fondement ordu de l'Histoire universelle

Quand la morale est tirée
il faut la boire jusqu'à la lie
 
Voir l'indicible et mourir
 
Dans le boyau de la nuit
un cri monte
Vers où ?
Les sept cieux
aspirés par le trou noir
ont rejoint la file
des désemparés

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